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KHADJA Nin, celle qui transforme la mort en vie

Il est possible que ce nom ne vous parle pas forcément, mais avec certitude vous avez déjà écouté et apprécié une de ses mélodies, et notamment l’une des plus célèbres “Sambolera Mayi Son”, écoutez plutôt :

Khadja Nin: Sambolera ou Khadja Nin – Wale Watu

LaTerrasse vous présente une perle de la musique Africaine, et surtout une battante, une résistante, qui par sa façon de penser, ses textes, ses chansons, transforme les malheurs de sa vie, transforme la mort en vie.

De ses expériences difficiles, elle recherche la joie au-dessus de tout et diffuse une source de vie exceptionnelle. Khadja Nin la célèbre chanteuse Burundaise : modèle d’inspiration, humaniste, au parcours inspirant et aux valeurs fortes, celle qui a fait de l’adaptation sa force première.

Un parcours de femme forte

Khadja Nin est née un 27 Juin 1959 au Burundi (petit état de l’Afrique de l’Est de 27834 Km2), d’une famille plutôt favorisée dont le père aura été ministre de l’intérieur.

Cadette d’une famille de huit enfants, elle grandit à Bujumbura (capitale économique du Burundi).

Elle suit des études primaires et secondaires au Burundi jusqu’à l’âge de 16 ans (en 1975). Puis elle s’en va à Kinshasa (Capitale de la RDC, Ex-Zaïre, pays voisin) avec une amie .

Mais avant de partir, la fibre musicale s’exprime déjà, deux ans auparavant, en 1973, seulement âgée de 14 ans, elle forme un groupe musical.

C’est à Kinshasa, qu’elle rencontrera son futur époux et père de son enfant.

  • 1977 : 18 ans, Elle rencontre son futur époux et va se mettre avec lui  pour l’aider dans son quotidien de gestion de lodges pour touristes.
  • 1978 : Mariage et naissance de son fils.
  • 1980 : 21 ans Départ de l’Afrique pour Paris, et ensuite la Belgique. Décès de sa Maman la même année.
  • 1981 : 22 ans, seulement un an après, décès de son mari.
  • 1982 : 23 ans, décès de sa belle-mère. Khadja Nin se retrouve seule en Europe, seule sans parents ni grands-parents dans la vie.

    “Il fallait se débrouiller toute seule”.

  • Khadja Nin enchaine les petits boulots : vendeuse chez Benetton, puis gérante, elle va se battre si jeune et seule avec son fils.
  • 1985 : 26 ans, elle fait la rencontre de celui qui la remettra sur les chemins de son talent et sa passion d’enfance. Khadja Nin fait la rencontre du guitariste, surdoué et réputé musicien Nicolas Fiszman. Il va lui redonner l’envie d’écrire, l’accompagner à retrouver la passion et l’amour pour la chanson.

Après un peu de stabilité acquise, elle choisit de retourner au Burundi où elle souhaite que son fils grandisse.

Sauf que les évènements tragiques qui vont ensanglanter la région vont la forcer à plusieurs reprises à faire le chemin retour (Génocide des Tutsis en 1993).

De ces expériences, elle en tire du bon :

J’ai un atout formidable: je peux m’adapter n’importe où (SRC : Lesoir).

Dans ses moments difficiles elle se sublime

De sa rencontre avec Nicolas Fiszman, il faudra s’armer de patience. Ils vont mettre un peu plus de cinq années avant trouver preneur à ce style assez atypique, mélange d’inspirations afro-soul et d’un univers jazz, de rythme Africain et Occidental. C’est donc en 1991 qu’ils vont signer avec la maison BMG, et sortir son premier album l’année suivante. Elle dira d’ailleurs au micro de RFI à ce sujet :

“Il m’a tout de même fallu cinq ans pour trouver une maison de disques, pour la convaincre que cette langue pouvait être intéressante commercialement. J’ai patienté… Et BMG a cru en moi.

 

Mais vous savez, au fond, la musique n’a rien à voir avec la langue dans laquelle on chante…Je m’attache avant tout à l’émotion”

  • 1992 : Sortie de son premier album chanté en swahili (groupe de langues bantoues de l’Afrique de l’Est), composé de douze titres intitulé Khadja Nin .
  • 1995 : l’explosion et la découverte au delà de l’Afrique. Grâce au tube Sambolera Mayi Son de son second album intitulé Ya Pili (Le second), toute l’Europe découvre une voix d’ange, aux mélodies très profondes.
    Dans Sambolera Mayi Son Khadja Nin chante pour somborela, un enfant oublié, oublié devant les atrocités de ce monde, la guerre, les conflits …
  • 1996 : sortie de son troisième album Sambolera qui s’écoule à plus de 420000 exemplaires, ce qui est exceptionnel à l’époque.
  • 1998 : Khadja Nin sort son quatrième album intitulé « Ya… » (« De vous à moi ») dans lequel elle fait un vibrant hommage à Nelson Mandela, et dans le même album s’inscrit la chanson « Mama » dont elle fera réaliser le clip par Jeanne Moreau.

Grande défenseure de valeurs culturelles Africaines dont elle originaire

De ses célèbres chansons, l’on peut sentir l’émotion, le récit d’un vécu, la dénonciation des maux forts qui gangrènent la société et le pays dont elle est originaire, le Burundi.

Khadja Nin chante toute sa carrière contre la guerre, pour la paix, pour le droit des femmes. Elle affirme d’ailleurs ne pas faire des chansons d’amour, se contentant d’écouter celles des autres. A ce sujet elle laisse d’ailleurs savoir dans une interview en 2019 ceci :

“Nous en sommes encore à parler des difficultés chez nous. J’ai fait des chansons sur l’embargo, parce que mon pays était sous embargo, parce que c’était la énième fois que mon pays retournait à la guerre.

 

Des guerres ethniques en plus, entre nous, à nous dévorer nous-mêmes.

 

On n’en est pas encore à la chanson d’amour simple vous voyez, je souhaiterais mais je n’y arrive pas. Je préfère écouter celles des autres. “

De la musique aux actions sociales

Elle va progressivement se consacrer aux œuvres sociales, aux valeurs qu’elle défend et progressivement se soustraire de la vie musicale.

Comme elle l’explique elle-même, à cette période où elle débute ses actions sociales :

“L’industrie de la musique devenait plus industrie que Musique et moi ce n’était pas mon truc, et je ne sais pas si c’est parce que la vie m’a malmené avant, je n’ai pas peur.

Je n’ai pas eu peur d’arrêter … J’ai dit, c’est pas ça que je voulais faire au début, et c’est comme ça que j’ai arrêté la musique”.

Aujourd’hui elle est totalement reconverti à l’humanitaire et œuvre dans la lutte à nombreux problèmes.

Sur le phénomène de la migration

Khadja Nin Migrants

“C’est un crève-cœur pour moi. Ca me fait mal parce que ceux qui partent ce sont nos forces vives, ce sont des jeunes qui ont étudié, qui ont un niveau dont on a besoin ici.

 

Mais ils partent parce qu’ils ne voient pas d’issues, ils ne voient pas de futur pour eux ici, on ne leur donne pas de place … comme je dis dans sambolera, ils les ont oublié …”

Elle n’hésite pas à aller toucher du doit la réalité, à vivre le quotidien des autres même si la réalité est partagée.

“Moi je suis migrante aussi, Ok je vais aller voir ceux qui traversent, qui se jettent à la mer pour comprendre …

Ce qui est fort c’est qu’ils disent : on vient chercher la vie mais pour retourner construire la maison, le pays”

Artiste engagée ?

KHADJA Nin Unicef

Les migrants ont partagé des histoires de leurs voyages personnels lors d’une session spéciale le dernier jour du Conseil 2015 de l’Organisation internationale pour les migrations. Les délégués ont entendu Gai Nyok, un ancien “garçon perdu” soudanais devenu diplomate américain, qui a évoqué les étapes de son voyage.

A la jeunesse Africaine :

“Je n’ai rien à apprendre à la jeunesse africaine, elle est prête, elle est forte, intelligente et compétente, …”

Khadja Nin c’est aussi une voix engagée sur tapis rouge du festival de Cannes. En 2018, elle est membre du Jury et apparait poing levé : « Le cinéma doit pouvoir éveiller les consciences ».

Ambassadrice de l’Unicef, Khadja mène plusieurs combats pour des causes nobles : l’éducation, les campagnes de vaccination, la santé dans les villages les plus défavorisées.

Khadja ne se définit pas comme artiste engagée, mais plutôt comme une femme attentive. Attentive à ce qui se passe en Europe, en Afrique vis-à-vis des femmes.

A la question de savoir si elle est féministe, elle répond :

“Si être féministe c’est de considérer que les droits des femmes ne sont pas remplis alors je suis féministe.

Je suis pour la justice que ce soit la justice sociale, la justice de l’emploi, la justice de la vie.”

“On n’a qu’une seule vie pour vivre plusieurs vies, actuellement je vis 6 mois de ma vie sur le continent Africain dans un petit village malien.

 

C’est une expérience extraordinaire, c’est vraiment la seule façon de parler des choses que l’on a vu et non pas des choses que l’on a entendu”

Nous ne saurons finir cet article sans vous faire part d’une de ses astuces pour traverser ses périodes difficiles, qu’elle a partagé sur le plateau de C’midi (émission de la chaine de télévision ivoirienne RTI)

“… Quand vous allez très très mal, et que vous n’avez pas d’issues, que vraiment il n’y a rien à faire, et vous ne savez plus quoi faire. Vous vous mettez dans le lit et vous partez.

 

Vous rêvez de votre vie idéale, vous quittez ce monde et vous rêvez d’une vie idéale.

 

Je vous assure cela m’a sauvée ca, ca vous permet de décrocher, vous partez en vacances en fait. Et quand vous revenez votre esprit est plus clair …

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