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Si vous pensez que le principal “geste barrière” dans la lutte contre la propagation du Covid-19 a toujours été une hygiène de base, si vous croyiez que se laver les mains a toujours été un geste important pour la santé de l’être humain, vous risquez de tomber de votre siège.
Oui tenez-vous bien assis, se laver les mains n’a pas toujours été une règle de santé et pire, n’a pas toujours été une règle de prévention médicale.
Vous l’avez bien lu et bien compris, il fut une période, et pas des siècles lointains, non ( jusqu’au XIXe siècle), la médecine se passait encore du lavage de mains. Incroyable n’est-ce pas ?
Mais à qui doit-on cette règle vitale, cette règle qui sauve tant de vies aujourd’hui ? Quel enseignement peut-on apprendre de l’expérience et du vécu de ce grand Homme ?
Ignace Philippe Semmelweis
Obstétricien Hongrois né en 1818, Ignace Philippe médecin, a permis de réduire drastiquement au XIXème siècle le taux de mortalité dans les maternités. Oui il s’est intéressé à ce problème, a longtemps cherché les causes et le moyens pour remédier.
Et au final, il a trouvé une solution simple et dont beaucoup n’avait pas voulu y croire et la considérer. La solution : le lavage des mains.
Avant Ignace
Le constat d’Ignace Semmelweis
1846, La maternité de l’hôpital général de Vienne a mauvaise réputation. Beaucoup de femmes y meurent après l’accouchement, d’une maladie qu’on connait mal : la fièvre puerpérale (maladie infectieuse touchant les femmes, et qui survient après un accouchement ou une fausse couche). Ignace Semmelweis est alors encore un très jeune médecin de cet hôpital.
Pendant cette période il se penche sur l’étude de cette fièvre, qui est à ce moment la principale cause de décès des jeunes mamans dans cet hôpital.
Décidé à comprendre ce qui se passe, il va mener une étude scientifique, et va faire les constats suivants :
- Les femmes qui accouchent chez elles sont moins exposées à cette fièvre puerpérale.
- Les deux pavillons de son hôpital ne présentent pas les même taux de mortalité : « on meurt plus chez Klin que chez Bartch. », 1 femmes sur 5 chez Klin contre 1 femme sur 30 chez Bartch.
- Klin, le premier médecin dirige des étudiants en médecine.
- Alors que Bartch des élèves sages-femmes.
Percer le mystère
Pour percer le mystère, et comprendre ce qui se passe, Ignace Semmelweis émet plusieurs hypothèses :
- Existence de gaz causant des maladies ? Impossible les deux cliniques seraient touchées.
- Est-ce la surpopulation ?
- La position lors de l’accouchement ?
- La position du Bébé ?
En s’appuyant sur les chiffres en bon statisticien, ce que montrent les chiffrent ne colle à aucune de ses hypothèses.
La mort d’un de ses amis et collègue va profondément le perturber, et le mettre sur la piste. En effet Jakob Kolletschka meurt d’une septicémie après s’être blessé au doigt avec un scalpel lors de la dissection d’un cadavre. L’autopsie révèle une pathologie identique à celle des femmes mortes de la fièvre puerpérale.
Va donc émerger une toute petite idée dans sa mémoire, et il va proposer dans un premier temps que soient permutées les équipes :
Les étudiants en médecine du premier pavillon vont désormais être au second pavillon avec Bartch, et les élèves sages-femmes dans le premier pavillon avec Klin.
Les hypothèses se confirment
On meurt désormais moins chez Klin au premier pavillon que chez Bartch. Partant de ce constant il est clair pour Ignace que le loup est bien dans le quotidien et les pratiques des étudiants en médecine.
En effet, les étudiants pratiquent souvent des dissections cadavériques avant de rentrer en salle d’accouchement.
Il va lui venir à l’esprit de proposer à ses derniers de se laver désormais les mains avant d’entrer en salle d’accouchement, question de se couper en quelque sorte de cette activité avant de passer à la suivante.
Sans le réaliser, il vient d’identifier le caractère infectieux de cette pathologie et surtout le principal geste barrière pour lutter contre les infections et virus : l’aseptie.
En plus du lavage des mains au savon et de l’eau, Ignace Semmelweis va imposer deux autres règles :
- Le lavage de main doit durer cinq minutes avec une solution d’hypochlorite de calcium pour le lavage des mains entre le travail d’autopsie et l’examen des patientes.
- Le lavage de mains doit être fait avant tout examen mettant en contact les médecins avec de la matière organique en décomposition
La taux de mortalité est alors divisé par dix : la mort a perdu une bataille.
Incompris et combattu
L’initiative de Ignace d’obliger le lavage des mains (notamment après avoir fait des autopsies) avant d’aider une femme à accoucher va heurter ses collègues.
Il va être écarté de l’hôpital dont il est chef.
Essayant de convaincre le monde scientifique de ce fait, il est mis sur le côté par des médecins qui ne se permettent pas de remettre en question leur propre savoir.
Guillaume Erner dans son livre “Humeur du matin” disait d’ailleurs :
“Le destin de Semmelweis fut d’être un Galilée du savon, je veux dire qu’il fut persécuté pour ce conseil étrange, il mourut à l’asile pour avoir suggéré à ses contemporains de se laver les mains…”.
Ce que Pasteur démontrera plus tard
Un homme de devoir et la morale
“C’est l’indignation qui inspire ma plume. Je croirais commettre un crime en me taisant plus longtemps et si je ne publiais pas les résultats de mon expérience. J’ai l’intime conviction que, depuis 1847, des milliers de femmes et d’enfants sont morts, qui seraient en vie si je n’avais gardé le silence et si j’avais combattu toutes les erreurs commises sur la fièvre puerpérale.”
Ce cri du cœur est tiré d’un ouvrage daté de 1861, intitulé L’Étiologie, le concept et la prévention de la fièvre puerpérale, et dans lequel Ignace Semmelweis rassemble toutes ses données et réflexions.
<< Défendez votre idée tant que vous croyez et ne laissez pas sans essayer de prouver le contraire que l’on vous traite d’idiot. >>



